Timotei,
Les hommes font l’Histoire, mais certaines fois les histoires font les hommes également.
Tu ne peux imaginer le nombre d’anecdotes que j’aurai à raconter à ton sujet pour le restant de mes jours…
On t’a d’abord décrit à moi comme le jeune fou, qui s’était cassé les deux bras lors d’un terrible crash au départ d’une course de sable à Hossegor. Je m’attendais à découvrir un barjot qui ne contrôlait pas tout, mais finalement en 2004, j’ai appris à connaître un jeune pilote de vingt ans qui fit son premier podium au Touquet.
Tu aurais dû être heureux ce jour là mais ce n’était pas le cas. Alors que le commun des mortels aurait sabré le Champagne toute la nuit, pour toi, c’était simplement une victoire manquée…
Je me suis alors dit que tu étais un gros prétentieux ou un futur vainqueur. La suite de ta carrière m’apporta la réponse…Tu étais sûr de toi, certes, et ce défaut en énervait plus d’un mais tu étais le meilleur, alors pourquoi le cacher ? Un très bon ami m’a dit un jour : « méfions nous des modestes, ils ont sûrement de bonnes raisons de l’être ! »
Quel show ! Tes deux victoires ont eu le mérite d’être impériales et ces deux Dimanches de Février, personne ne pouvait aller te chercher… Tu aurais pu en profiter seul mais dès la dernière heure enclenchée, ce fut un festival de partage avec le public. Une générosité sans limite et il se passera du temps avant qu’un autre pilote, en tête de la course la plus importante de l’année, fasse des « clickers », des « rupteurs », et s’arrête à chaque virage pour exhorter la foule avant même la ligne d’arrivée franchie. Pour te dire la vérité, par deux fois, tu avais agacé un paquet de bons pilotes en faisant cela…mais tu avais surtout régalé près de 300 000 spectateurs. Tu avais finalement bien raison…
J’ai mis à peu près deux ans à comprendre qui était le jumeau et qui était l’aîné. Par contre j’ai bien vite compris que tu aurais tout fait pour qu’ils te suivent dans ton succès. Tu leur faisait prendre ta roue à l’entraînement, me mettait le pression en me disant qu’ils étaient devenus plus rapide que moi, tu t’occupais quotidiennement de leur machine. D’ailleurs, je me rappelle encore de cet après midi de septembre à discuter tranquillement autour de ton atelier, alors que tu refaisais la fourche de ton frérot. Il avait roulé longtemps sans huile, tout était coincé, mais cela ne t’embêtait pas plus que cela de réparer ses bêtises. Tu aurais pu déplacer des montagnes au nom de la fratrie. Aujourd’hui Matei se rappellera à vie de son dernier tour en tête de l’Enduropale côte à côte avec toi.
Sergei était ton idole, tu m’en parlais avec des étoiles dans les yeux, mais ce que tu ne sais pas, c’est que c’était complètement réciproque puisque tu n’avais pas un seul supporter qui arrivait à la cheville de ton frère. Quand Sergei commençait à parler de toi, c’était un festival !
J’ai passé de bons moments à tes côtés, je me rappelle des roues arrières en scooter sans casque la veille d’Hossegor, je me rappelle de ta venue éclaire au terrain de BMX de Lille, où tu étais parti encore plus vite que tu n’étais venu après 2 tours de piste en vélo. Comment oublier tes apparitions ensoleillées dans le chalet du moto-club à Grayan, tes appels de dernière minute pour que je te fasse des kits décos, nos débriefing d’après course au téléphone, tes venues au terrain en vélo de route en restant 2 heures à prendre froid, et toutes les fêtes d’après Touquet ensemble, ou l’on a bu, rit, pleuré et où l’on s’est même embrassé ! je tenais à préciser quand même que tu étais peut être le fantasme de beaucoup de filles du Nord, mais pas le mien !
Ce qui me manquera le plus, c’est ta façon de me défier en parole, le fait qu’à peine mes deux roues posées dans le sable, tu partais à ma chasse. Oui ça me saoulait, mais aujourd’hui je m’aperçois que c’était une marque profonde de respect et cela me manquera beaucoup.
Tu aimais taquiner les gens et Lucie « Chonchon » aura également bien du mal à t’oublier…
La dernière fois que l’on a été en contact, je t’avais engueulé de ne pas avoir attendu un virage ou deux de plus pour doubler De Reuver car tu pouvais gagner devant Everts à Berck. Heureusement pour moi, je t’avais également félicité en te disant que je ne t ‘avais jamais vu aussi rapide que lors de cette dernière manche. Je pensais que c’était le jubilé d’Arnaud, pas le tien…
On aurait dû être coéquipiers et je nous voyais déjà offrir le doublé à Yamaha France et Guillaume. Cela ne se fera pas et tu m’en vois désolé. Le jour du prochain Enduropale, je serai en haut d’une montagne, le plus près possible de toi. A quoi bon gagner une course si le meilleur n’est pas là. Je ne veux pas te voler ta victoire, je n’ai connu que des podiums heureux, celui ci risque d’être d’une tristesse affligeante, alors je passe mon tour... Tu as eu l’audace de partir au sommet, et dans mon cœur, tu seras toujours le meilleur…
Par contre, tu m’as tellement parlé de ton circuit à Cassel et même si toi tu n’as jamais eu le temps de venir dans le Jura, je te promets que je serai présent derrière ta grille l’été prochain, et ce sera un plaisir de découvrir ce dont tu m’avais parlé avec enthousiasme, et cette journée sera pour moi une bonne façon de repenser à tous ces bons moments passés ensemble…
De toute façon, on se retrouvera là-haut, prépare le circuit pour moi...
Pierrick.